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LONDRES (AP) — La fumée et les cendres crachés par un volcan en éruption en Islande ont fortement perturbé le trafic aérien jeudi en Europe, contraignant de nombreux aéroports à fermer ou à annuler des milliers de vols: des mesures sans précédent depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Jeudi soir, quelque 700 personnes ont été évacuées en Islande par les responsables des services d'urgence, a annoncé le département de la protection civile, alors que de nouvelles crues menaçaient les fermes situées dans les environs du volcan.

La situation du trafic aérien en Europe vendredi "ne sera pas meilleure qu'elle n'a été jeudi", a estimé Kyla Evans, porte-parole d'Eurocontrol, l'organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne. "Nous prévoyons que 50% des vols transatlantiques seront annulés à cause du nuage de cendres".
L'épais nuage de cendres noires, long de 6 à 11 kilomètres, se déplaçait au-dessus de l'océan Atlantique, près des routes aériennes empruntées par les avions reliant la côte Est des Etats-Unis et l'Europe, et abordait la Grande-Bretagne, où tous les vols non urgents sont annulés jusqu'à au moins 13h vendredi (12h GMT). Les vols vers l'Ecosse et l'Irlande du Nord pourraient être autorisés à reprendre.

Les cinq principaux aéroport londoniens ont été fermés, dont celui d'Heathrow, le plus important d'Europe en terme de circulation, avec plus de 1.200 vols et 180.000 passagers quotidiens.
Les aéroports de Berlin et Hambourg ont été fermés jeudi, sans que soit spécifié à quel moment ils seraient rouverts. Le porte-parole de l'aéroport de Berlin, Ralf Kunkel, a déclaré que les deux aéroports de la capitale allemande avaient été fermés jeudi soir, après celui de Hambourg.
En France, 25 aéroports, dont Roissy et Orly, ont fermé à partir de jeudi 17h ou devaient l'être à partir de 23h, a annoncé la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).
L'Irlande, le Danemark, la Norvège, la Suède et la Belgique ont elles décidé de fermer leur espace aérien. Des aéroports ont également été fermés ou des vols annulés aux Pays-Bas, en Finlande et en Suisse.
"Il est impossible de dire pour le moment quand les vols pourront reprendre", a déclaré Henrik Peter Joergensen, porte-parole de l'aéroport de Copenhague, où 25.000 passagers étaient bloqués.
L'Agence des services de navigation aérienne polonaise a interdit tous les vols survolant le nord-ouest du pays, a rapporté jeudi soir l'agence de presse PAP. Tous les vols au départ et à l'arrivée de l'aéroport de Gdansk ont été annulés.
Les conséquences de l'éruption se sont fait sentir aussi aux Etats-Unis où plusieurs compagnies aériennes ont annulé ou retardé des vols en partance pour l'Europe. A Washington, l'aviation civile fédérale (FAA) et les compagnies aériennes ont déclaré qu'elles tentaient de dérouter plusieurs vols pour leur éviter d'emprunter l'espace aérien de l'Atlantique Nord.
Des vols au départ de l'Asie, de l'Afrique et du Moyen-Orient à destination d'Heathrow et d'autres plateformes européennes ont également été suspendus.
Les particules microscopiques et hautement abrasives des cendres volcaniques représentent un danger réel pour les avions: elles affectent leur visibilité et peuvent entraîner un arrêt des moteurs. Elles peuvent aussi bloquer les instruments associés au sondes Pitot, comme l'indicateur de vitesse, ou abîmer les surfaces extérieures des appareils comme le pare-brise du cockpit, les ailes ou les filtres à air de la cabine passagers.
Des éruptions volcaniques avaient déjà perturbé le trafic aérien dans le monde par le passé, mais une perturbation d'une telle ampleur n'avait pas été vue depuis les attentats du 11-Septembre.

"Habituellement, les éruptions volcaniques affectent des zones où le trafic aérien est peu intense, comme dans les îles Alautian en Alaska, en Indonésie ou aux Philippines", a expliqué à l'Associated Press le porte-parole de la Fédération internationale des associations de pilotes de ligne, Gideon Ewers.
Le volcan islandais d'Eyjafjallajokull est entré en éruption mercredi pour la deuxième fois en moins d'un mois, entraînant l'évacuation de plusieurs centaines de personnes.
L'éruption de ce volcan, situé sous un glacier à 120km à l'est de la capitale Reykjavik, a provoqué une fonte des glaces et une augmentation du niveau des cours d'eau, ainsi que des projections de fumée et de vapeur. Selon les spécialistes, elle a été de dix à vingt fois plus puissante que la précédente, le 20 mars, qui avait mis fin à plus de 200 ans de sommeil du volcan.
"Il est probable que la production de cendres va se poursuivre à un niveau comparable durant plusieurs jours ou semaines", a estimé un géophysicien du Bureau météorologique islandais, Einar Kjartansson. La perturbation du trafic aérien dépendra toutefois "de la manière dont le vent repousse les cendres". Jeudi, des vents d'ouest soufflaient le nuage vers le nord de l'Europe, dont la Grande-Bretagne, située à quelque 2.000 kilomètres.
En Islande, les cendres n'ont pas affecté l'aéroport international de Keflavik, ni causé de problèmes à Reykjavik. Dans le sud-est de l'île toutefois, la visibilité était réduite à 150 mètres et les éleveurs ont dû rentrer leur bétail pour éviter qu'il n'avale des particules abrasives, selon le météorologiste Thorsteinn Jonsson.
Le Bureau sismologique aérien a répertorié une centaine de cas de vols rencontrant des cendres volcaniques entre 1983 et 2000. Dans certains cas, les moteurs des avions se sont brièvement arrêtés, mais aucun accident mortel n'a été signalé.
L'Islande, qui compte 320.000 habitants, est située sur une zone volcanique au milieu de la faille atlantique. AP
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